Web : ces geeks qui ont fait fortune

Internet, les blogs, les réseaux sociaux… les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont votre terrain de jeu favori. Pourquoi ne pas travailler plus tard dans ce secteur ? D’autant que les NTIC offrent l’opportunité de se lancer, que l’on soit diplômé d’école d’ingénieurs, de lettres… ou autodidacte. La preuve avec ces trois e-réussites.

Daniel Marhely, 29 ans, Cofondateur de Deezer

a bouleversé l’écoute de la musique en pariant sur le streaming. Précurseur, il a su vaincre les réticences des majors et imposer un site, Deezer (site d’écoute de musique en ligne), qui rassemble 26 millions d’utilisateurs et dégage plus de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires par an.

D’où est venue l’idée ? « Ça me saoulait de me balader avec des CD pour écouter mes morceaux préférés ou de synchroniser à chaque fois mon iPod. C’est pour pouvoir écouter de la musique n’importe où que j’ai crée blogmusik.net en 2005, en parallèle d’un site de rencontres, lovely.com. Pour se lancer, il faut que l’idée réponde à un besoin personnel. Ce n’est pas la peine de se freiner en cherchant l’idée du siècle ».

Quand a-t-il compris que ça pouvait marcher ? « Quand j’ai commencé à voir des gens dans des soirées se connecter à Deezer pour faire des blind tests, puis utiliser l’application dans le métro ou dans l’avion avec leur smartphone. J’étais fier. On a été les premiers à révolutionner la façon d’écouter de la musique. Dès 2007, il a fallu négocier des accords avec les majors et la Sacem pour respecter les droits des artistes. Des concurrents ont été poursuivis. Nous, on a préféré pour acquérir les catalogues. Nos partenaires ne nous ont pas lâchés, même quand on était au bord du dépôt de bilan ».

Ça fait quoi d’être un patron qui réussit ? « J’ai crée une marque, bouleversé le marché, mais j’aurai le sentiment d’avoir vraiment réussi quand j’aurai réussi à monter plusieurs affaires. J’y prends un plaisir fou. Je gagne ma vie correctement. Je suis directeur général, mais je continue à coder comme les développeurs de mon équipe, à déjeuner avec eux. Quand je vois une affiche Deezer avec Orange, notre partenaire, je suis comme un enfant… ».

Frédéric Montagnon, 36 ans, Président d’Overblog

Entouré de ses comparses, Julien Romanetto et Gilles Moncaubeig, cet ingénieur en électronique est en passe de créer un petit empire dans les médias sociaux. Avec Overblog, première plate-forme de blogs en France (10 millions de chiffre d’affaires en 2010 et 120 salariés), le portail d’information Wikio, avec lequel celle-ci a fusionné en septembre, eBuzzing et Nomao, le trio rêve de devenir le « Google news participatif ».

D’où est venue l’idée ? « J’adore le blues et Gilles est un fondu d’électro. En 2001, on lance la première table de mixage sur la Toile pour pouvoir piloter différents logiciels de musique. Sur le forum, les utilisateurs peuvent laisser leur témoignage. A l’époque, tout le monde lançait n’importe quoi, mais il manquait un espace humain pour partager. Ceux qui s’y connaissaient ouvraient un site. Les autres n’avaient pas d’endroit pour s’exprimer. Je me suis dit : un jour, ma mère créera son blog. Et c’est comme ça qu’on a fondé Overblog en 2004. Aujourd’hui, sur nos 1,5 million de blogs, 30% sont gérés par des plus de 50 ans ».

Comment a-t-il compris que ça pouvait marcher ? « Quand ma mère a abandonné son Minitel ! Non, en fait, ça a marché tout de suite. Parce qu’on s’est lancé par passion. On l’aurait fait par intérêt financier, on se serait plantés. Au début, nos blogueurs étaient plutôt des hommes jeunes. Aujourd’hui, c’est mixte, car l’outil est facile à manier. Les premiers recrutements sont aussi marquants. Nous avons préféré embaucher plutôt que nous payer. J’ai attendu trois ans avant de me verser un salaire.

Ça fait quoi aujourd’hui d’être un patron qui réussit ? « Si c’était l’envie de s’enrichir qui nous animait, on aurait vendu la boite ! La valorisation du groupe dépasse les 50 millions d’euros. L’occasion s’est déjà présentée. Mais j’aime les gens avec qui je travaille. Tous les matins, je me dis qu’il va se passer un truc extra. Ce n’est pas en étant salarié que vous pouvez espérer décrocher le pactole. En entreprenant, tout est possible. Surtout quand on est jeune. Vous êtes plus créatif, car vous n’avez pas de pression financière ».

 

 

Simon Istolainen, 29 ans, fondateur de My Major Company et créateur de Peopleforcinema

Ce diplômé en langues orientales, major de sa promo, a connu le succès avec l’ascension du label communautaire My Major Company. Parti de MMC début 2009, alors que le chiffre d’affaires atteignant près de 4 millions d’euros, il a joué un temps les journalistes, et a réinvesti une partie de ses gains dans une nouvelle aventure, tournée cette fois-ci vers le septième art : PeopleForCinema (financement cinématographique sur Internet, 540 000 € de chiffre d’affaires en 2012).

D’où est venue l’idée ? « Je voulais dupliquer le concept de My Major Company – que j’ai cofondé avec Michael Goldman en 2007 dans le domaine musical – au cinéma. A l’époque, en 2007, je découvre aux Etats-Unis un site de mécénat pour jeunes artistes. J’étais persuadé que c’était l’idée du siècle ! J’appelle Michael, en vint secondes, on trouve le nom de l’entreprise. PeopleForCinema fonctionne sur le même principe que Mu Major, à la différence que les internautes cofinancent la diffusion d’un film, et non la production d’un album. Dès la première place vendue, ils empochent un pourcentage sur les revenus du distributeur. Sur les 15 longs métrages proposés sur le site, 12 sont sortis, dont Le Bruit des galçons de Bertrand Blier, ou Les Emotifs anonymes de Jean-Pierre Aménis. En un an, le site, qui compte quelques 17 000 membres, a collecté 500 000 € de fonds ».

Quand a-t-il compris que ça pouvait marcher ? « Il y a une part d’intuition, d’air du temps que l’ont ressent et d’irrationalité. De plus en plus de talents de la musique émerge sur la Toile (Kamini, Koxie, Gregoire, Joyce Jonathan…) et les internautes ne sont plus réticents à l’idée d’investir des fonds sur le Net. Mais la clé, c’est la qualité du produit. Qu’UFC nous fasse confiance en diffusant notre offre à ses 700 000 abonnés, ça prouve aussi que l’on ne fait pas fausse route ».

Ca fait quoi d’être un patron qui réussit ? « N’exagérons pas, ‘est une réussite à la française ! Rien à voir avec les success story à l’américaine ! Notre pays est trop frileux pour faire clore des Facebook made in France. Les sommes engrangées sont moins élevées. Tant que l’affaire ne génère pas assez de chiffre, vous ne pouvez pas plomber la boîte avec votre salaire, qui doit être proportionnel à l’argent gagné. J’ai gagné un million d’euros en revendant ma part dans My Major Company, mais je l’ai réinvesti dans d’autres start-up et ma nouvelle affaire. Ma liberté d’entrepreneur n’a pas de prix… ».