Voyage humanitaire mode d’emploi

par Frédérique Réal

L’été approche et tu ne sais pas encore ce que tu vas faire de tes vacances, marre de partir en voyage avec tes parents, pas d’idée de destination et pas de copains partants pour une virée touristique...et si tu t’envolais donner un peu de ton temps, dans un pays en voie de développement ? Les chantiers humanitaires réunissent des jeunes de nationalités différentes autour d’un projet commun ( reconstruction d’une école, d’un puits... ). Entre travail 
volontaire et tourisme, une manière originale de passer tes vacances.


Les voyages humanitaires sont assez en vogue, 
comme une nouvelle manière d’appréhender le tourisme. 
Mais qu’en est-il chez les plus jeunes ?
À partir de 16-18 ans, il est possible d’être bénévole et de partir pour ce qu’on appelle un « chantier humanitaire ». Attention, pas de connotation religieuse dans le terme « chantier », au contraire il existe nombre d’associations humanitaires en France, laïques, et dont le seul objectif est de monter des projets de développement dans des pays pauvres ( Afrique, Inde, Amérique latine... ).

La durée des chantiers pour les 16-18 ans est souvent relativement courte, entre 2 semaines et 2 mois pendant lesquels vous participerez à un travail d’aide à la construction, à des projets de développement rural, urbain ou encore à des animations sociales ( avec les enfants essentiellement ).

Les conditions de vie matérielles sur place seront très modestes, il s’agit avant tout de suivre le mode de vie de la population qui vous accueille.
Certains voyages demandent une préparation suivie au cours de l’année scolaire pour un départ qui se fait généralement sur les mois de juillet et août.


Une bonne manière de faire ses premiers pas dans le monde et un atout original sur votre CV.
Il faut bien se mettre dans la tête que ce voyage est du bénévolat, les frais sont à la charge des jeunes participants ( transports, logement, nourriture pendant le séjour ). C’est pourquoi une année est souvent nécessaire pour trouver des fonds et alléger ainsi vos frais personnels ( aide du Conseil Général, de la mairie de votre ville, des entreprises de la région, et actions ponctuelles comme vente de gâteaux, parrainage d’un concert... toutes les idées sont les bienvenues ).

Se renseigner…
Il existe tellement d’associations en France qu’il est difficile d’en faire un état des lieux. Le mieux est avant tout de se renseigner auprès de sa mairie pour les éventuels jumelages. Si on est déjà fixé sur une action bien particulière ( travailler avec les enfants, travailler dans un dispensaire ou un hôpital... ) il suffit de contacter directement les associations concernées. Le meilleur moyen pour un premier contact avec ce style de voyage, c’est d’abord d’en discuter avec ceux qui sont déjà partis.  Vous pouvez aussi aller faire un tour sur internet, beaucoup de jeunes y ont mis leur carnet de route, photos, témoignages et forums pour mieux appréhender un futur départ.


On a donc décidé de vous livrer le tour d’horizon d’un voyage humanitaire en Afrique
Octobre 2001
Année du bac à Rennes et dernier été en vue, totalement libre avant 
de rentrer dans la vie étudiante. 
Du coup, je décide de me renseigner sur les associations proposant des voyages humanitaires pour les jeunes.Il faut savoir que le département de l’Ille-et-Vilaine est jumelé avec le Mali et ce depuis plusieurs années. L’association AIVM ( Association Ille-et-Vilaine Mopti ) est très influente dans la région de Mopti à l’est du Mali, tout près 
du pays Dogon.
J’appelle donc cette organisation et elle me dirige vers l’association Pacé-Konna. Je prends contact avec le responsable et en novembre, 
la première réunion a lieu.

Nous sommes une quinzaine de jeunes réunis, entre 17 et 25 ans. 
On nous explique le fonctionnement de l’association. Ainsi, depuis une dizaine d’années, celle-ci noue des liens avec le village de Konna au Mali. Là-bas un groupe de Maliens  s’est constitué trésorier et responsable du bon fonctionnement du jumelage et de l’accueil des jeunes Français. Tous les étés donc, des jeunes Bretons sont accueillis là-bas, pour construire un dispensaire, rénover les puits, faire sortir de terre un jardin d’enfants...


Un mois plus tard, une nouvelle réunion est organisée.
Cette fois-ci, nous ne sommes plus que 7. Les 7 partants définitifs pour Konna. Il s’agit maintenant de fixer notre projet humanitaire. L’avantage, c’est que les responsables de l’association nous ont laissés libres de choisir l’action que nous voulions mener à Konna, en fonction des besoins de la population. Après plusieurs hésitations, on se met d’accord sur la rénovation de la MJC ( maison des jeunes ) qui aurait besoin d’un bon rajeunissement.


Il s’agit ensuite d’évaluer le coût 
des travaux ( quantité de banco : 
terre utilisée au Mali pour la construction, nécessaire, main d’oeuvre, eau, poutres de bois... ) avec les organisateurs maliens. Vient ensuite le moment d’évaluer le coût de notre propre voyage. Le billet d’avion est le plus cher, puis viennent le logement et la nourriture prise en charge par des familles maliennes que nous devrons payer sur place, sans oublier une cagnotte pour les excursions touristiques.Nous envoyons énormément de lettres de motivation aux entreprises de la région, des demandes au Conseil Général, à la mairie de Pacé et nous 
multiplions les actions ciblées ( telles que la vente de cartes de voeux, de gâteaux pendant un concert…)

Juillet 2002 
Grand départ

Notre projet est fin prêt et nous aussi ( vaccins, trousse à pharmacie, sacs de randonneurs, cadeaux pour les enfants... ) Nous avons eu des contacts réguliers avec les Konnois qui nous attendent de pied ferme.
Arrivée au Mali sous une chaleur étouffante, dépaysement total. Les Konnois nous accueillent en grande pompe, les Maliens sont des gens étonnamment chaleureux et souriants.
Nous dormons dans une « case » 
en terre, sur le toit, sous une moustiquaire avec les étoiles comme toile de fond. Midi et soir nous mangeons dans « notre » famille malienne, elles sont 7, faisant partie de l’association Pacé-Konna, et accueillent chaque année les jeunes Français sous leur toit. On mange avec les mains en compagnie du chef de famille, 
pendant que les femmes pilent 
le mil, et sous le regard amusé 
des enfants.

Le chantier démarre doucement mais sûrement, on est Afrique et on s’habitue vite à la torpeur ambiante. Il faut apprendre à gérer avec les moyens du bord. Le week-end, les travaux s’arrêtent, c’est le moment pour nous de faire du tourisme. On a ainsi passé 3 jours de randonnée en pays Dogon, 2 jours en pinasse sur les rives du Niger, 3 jours au nord du Mali dans la famille d’un Konnois... D’ailleurs, très souvent, de jeunes Konnois se joignaient à nous pour nos circuits touristiques.

Après un mois et demi de vie malienne, il faut regagner 
la vie occidentale. 
On organise une grande fête pour dire au revoir aux villageois, un djembé est de la partie. Le jour du départ, les enfants courent après le taxi brousse qui nous ramène à Bamako, où l’avion pour Paris nous attend.

Bilan : 6 semaines extraordinaires !
Une autre culture dans la tête et l’impression d’avoir plus grandi en quelques semaines qu’en une année  !

Cela fait 10 ans que l’Afrique nous a ouvert ses portes, nous restons en contact avec les Konnois qui nous avaient accueillis et nous avons tous dans l’idée de repartir ensemble à Konna dans peu de temps...

à suivre au prochain épisode !