LE RACKET

par Clément Cottin

Certains diront que le racket, ils ne connaissent pas, qu’il n’y a personne 
autour d’eux qui le subisse. Ils n’ont peut-être pas tort, mais ils sont chanceux. 
Il est vrai que les victimes sont plus souvent des collégiens ou des élèves de l’école primaire, mais on ne peut nier ce phénomène largement dénoncé par les autorités publiques, malgré l’impossibilité concrète de le chiffrer.


Le racket, une forme de violence
La violence se manifeste sous des formes diverses : agressions verbales, coups de couteau, dégradations de biens.
Cette violence, qui a sensiblement augmenté, est aujourd’hui mieux connue. 
On hésite moins, en effet, à porter plainte. 

Aucun établissement n’est à l’abri de ce phénomène, de la maternelle 
au lycée. La loi du silence, son alliée objective, est difficile à briser. 
Serait-elle la marque d’une perte de confiance dans le système éducatif traditionnel, voire d’une faille de ce dernier ? 
Je crois qu’il s’agit plutôt d’un problème tenant plus à la nature d’une violence 
qui cherche à se cacher aux yeux de tout ce qui peut représenter l’autorité. On ne peut reprocher à n’importe quel enfant ou adolescent de ne pas être sûr du monde adulte, qui représente aussi l’autorité répréhensive.

Les victimes, quelles sont-elles ?
À ce jour, aucun profil type de victime n’a été établi, mais les agresseurs s’attaquent à plus faible qu’eux, du moins le plus souvent. Une faiblesse 
qui peut être physique, certes, mais également, et peut-être surtout, psychologique. Ainsi, l’enfant timide, introverti, isolé, sans copains ou peu enclin à se rebeller risque d’être la proie idéale. 

L’origine ethnique, le handicap, l’apparence ( lunettes, appareil dentaire ), les capacités intellectuelles, tout ce qui peut marquer une différence notable par rapport aux autres et qui est aussi souvent par ailleurs sujet 
à moqueries dans le meilleur des cas.
La situation peut vite empirer, si rien n’est fait à temps.

Comment le voir ?
Une victime d’agression paraîtra presque toujours malheureux. 
Il n’aura plus confiance en lui et se sentira finalement coupable de 
la violence dont il a été victime. Son comportement va changer ( peurs 
inhabituelles, bêtises nombreuses, troubles du sommeil… ). Il rechignera 
à aller à l’école. Ses résultats scolaires baisseront sans raison apparente. 
Il deviendra agité ou se repliera sur lui-même, mangera de moins en moins et sera inquiet quand le téléphone sonnera. Toute une série de signaux qui devraient alerter, avec un peu d’attention.
En tenant compte, bien sûr, des particularismes de chacun, on peut penser que la victime aura tendance à cumuler plusieurs de ces critères. Ainsi, c’est parfois décelable du point de vue d’un entourage relativement large.

La victime culpabilise
Le grand problème que pose le racket, sous toutes ses formes, est 
la difficulté d’intervention pour une personne extérieure. 
Par-là, on entend que, quand bien même on saurait que quelqu’un est 
racketté, il est ardu de changer les choses. D’abord parce que la victime, 
la plupart du temps, culpabilise. Elle se renvoie à elle-même une image 
de faiblesse qui serait la base du chantage. Faire quoi que ce soit avec 
l’opposition de la victime ne fera qu’envenimer les choses. 
C’est pourquoi la première étape de toute solution au problème consiste 
en un dialogue avec le racketté.

Aider la victime
Il faut surtout en parler dans l’entourage de la victime, s’adresser à ses parents, au personnel éducatif de son établissement.
En bref ne pas hésiter : rompre la loi du silence.
Car c’est là que tout se joue, l’agresseur a comme objectif d’obliger par 
la peur ou en le tournant en ridicule, l’agressé, à ne pas en parler autour 
de lui, à ne pas dénoncer l’agression, et surtout l’agresseur. 
À partir du moment ou ce silence est brisé, il n’y a qu’un pas pour faire cesser la violence… Alors pas de tabou !

À ne pas faire
Parfois lorsqu’un « jeune » se plaint, on lui dit de se débrouiller, de régler ses problèmes tout seul. On tourne la tête et on passe à autre chose. 
Au bout du compte, c’est laisser les choses se passer.

De la même manière, répondre à la violence par la violence n’est pas 
la solution. En effet, cela provoque une escalade inutile et préjudiciable à 
la victime en fin de compte. Il vaut mieux donc bannir les tentatives d’action directement sur l’agresseur ou ses parents.

Enfin, malgré la tentation, faire porter la culpabilité sur les enseignants, ou sur le personnel de l’établissement ne résout rien, et n’incitera pas ceux-ci à agir, alors qu’ils sont les mieux habilités, en fin de compte, à intervenir.

S’il est l’agresseur
Paradoxalement à première vue, le persécuté peut rapidement devenir à son tour persécuteur. Un moyen pour lui « d’entrer dans le groupe », 
de s’y faire accepter. Si cela arrive dans votre entourage, mieux vaut ne 
pas se voiler la face. En effet, même là, il y a danger. Il peut agir sous 
la contrainte ou essayer d’attirer l’attention de son entourage sur son mal-être car son agressivité traduit souvent une fragilité affective. 
L’idéal est d’aborder la question de front, dans un climat de confiance. 
Si c’est nécessaire, il ne faut pas hésiter à se faire aider par un psychologue ou un conseiller d’éducation. Des symptômes peuvent être des troubles du comportement ou trop de « cadeaux » offerts par les copains, mais cela peut être plus difficile à déceler.

À contacter
SOS violences : 08 01 55 55 00 ( du lundi au vendredi, de 9 h à 18 h ).
Jeunes violence écoute : 08 00 20 22 23 ( seulement dans la région 
parisienne, tous les jours, de 8 h à 23 h ).
Fil santé jeunes : 08 00 23 52 36 ( tous les jours, de 8 h à minuit ).
Inter service parents : 01 44 93 44 93 ( du lundi au vendredi, de 9 h à 12 h 30 et de 13h30 à 17 h, sauf le mercredi après-midi et le jeudi matin ).
Stop la violence : 01 43 38 57 13 ( du lundi au vendredi, de 9h30 à 18h30 ).


Enfin, il faut faire écho au mot de l'Éducation nationale qui rappelle que 
« si l'on oblige un enfant sous la menace, la violence, le chantage ou l’intimidation, à remettre de l’argent ou un objet qui lui appartient ou encore si on le contraint à rendre un service tel que porter le cartable ou faire les devoirs d’un autre, si de plus on exige de lui le silence, c’est du racket. Cet acte est un délit qui est sévèrement puni par la loi ».
Le message est clair, reste à l’appliquer en pratique.