PREMIER DE LA CLASSE : C’EST GRAVE DOCTEUR ?

Par Olivia Etienne    

 

 Les bons élèves aussi ont besoin de soutien. C’est ce que révèle une étude faite par des psychiatres. Afin de remédier à ce problème jusque là ignoré, l’Etat reconnaît le rôle primordial des infirmières scolaires, en l’inscrivant dans le nouveau projet de loi d’orientation pour l’école. Désormais, chaque établissement aura son infirmière d’ici cinq ans.

 

 

Ils caracolent en tête de leurs classes depuis le CP, font l’admiration des parents, contentent les enseignants… mais ne vont pas bien du tout. Cette souffrance touche environ 10% des cracks. Stress, pression des parents, des profs ou d’eux-mêmes, les symptômes sont souvent invisibles des autres. Certes, ils représentent une minorité cachée parmi les bons élèves, qui se portent mieux que leurs camarades en situation d’échec scolaire. De ce fait, les professeurs ont tendance à les oublier. Ce n’est que récemment, notamment grâce à la nouvelle loi sur l’école, que celle ci commence a regarder les cracks avec plus d’attention.

 

Collectionner les bonnes notes ne veut pas dire que tout va bien. L’école sert de refuge pour ces élèves qui en se surinvestissant dans les études, délaissent les autres domaines, comme le sport, les amis, les sorties. Leur adolescence est mise de côté. Mais à un moment donné, ils se posent la question si ils sont aimés pour ce qu’ils sont ou pour la satisfaction qu’ils donnent.

 

Ils pensent que leur réussite scolaire est primordiale. Les études restent prioritaires pour quelques uns qui souvent deviennent mêmes angoissés par leurs résultats. Ils n’ont plus le plaisir d’apprendre. Soucieux de réussir socialement, ils n’ont pas de réelle motivation car peu ont des projets professionnels. Ils suivent les pas du grand frère ou de la grande sœur.

 

 

Le système scolaire français valorise l’intelligence mathématique. L’école se focalise trop sur la performance. La pression est donc énorme. Les bons élèves sont toujours plus poussés pour donner le meilleur d’eux même. Mais certains ne tiennent pas cette pression, et dans certains cas, on assiste à des tentatives de suicide, des cas de mutilation ou encore d’anorexie.

Des signes avant coureurs sont visibles dans la plupart des cas. 3 à 4% présentent des troubles graves qui vont de l’anorexie à la dépression en passant par des début de psychose. On détecte de plus en plus d’élèves en souffrance, en raison d’une sensibilité plus grande des lycéens d’aujourd’hui.

 

 

Ce qu’on ignore, c’est la vision que portent les bons élèves sur l’école. Tout comme les mauvais élèves, le collège est  synonyme de « prison »ou de  « caserne ». La différence se fait par les stratégies développées par les cracks : Ils travaillent à fond afin de minimiser les contraintes.

Un autre facteur de ces souffrances : la pression des parents. Les parents des classes moyennes ont acquis leur position sociale grâce aux études. Ils se sentent donc obligés de pousser leurs enfants à faire de même. Ils s’investissent davantage dans la scolarité de leurs enfants.

 

 

 

Les bons élèves décrochent souvent progressivement et s’enferment dans un mutisme inhabituel. Il est difficile de les repérer car leurs résultats restent bons. Ils peuvent aller loin avant de s’effondrer. Mais beaucoup ne se donnent pas le droit de flancher. Or ce n’est pas ce qu’on attend d’eux.

Souvent les patients des psychologues sont essentiellement de très bons élèves qui s’engouffrent dans un apprentissage forcené, parfois au péril de leur santé et de leur vie. Ainsi Cécile, en khâgne, a fait une tentative de suicide gravissime parce qu’elle avait été deuxième pour la première fois de sa vie.

Autre exemple, Mathilde, propulsée au sortir d’un petit lycée de province dans une hypokhâgne parisienne : elle était à la limite de l’épuisement physique, couverte d’eczéma, sujette à des crises de tétanie, à des attaques de panique. Chez les filles, Il y a des fois l’anorexie mais aussi des scarifications, des automutilations... Les garçons sont davantage dans l’inhibition, le repli agressif, la prise de produits toxiques, quand ils n’exercent pas cette violence vers l’extérieur. Communs aux deux sexes, les cas fréquents d’“alexithymie ”, marqués par une incapacité à ressentir ses émotions, la fatigue, la peur…

leurs mains moites, leur vision brouillée, leurs jambes tremblotantes quand ils entrent dans la salle de cours, la peur paralysante qui les saisit à l’oral alors même qu’ils n’avaient jamais ressenti auparavant de pareils symptômes. Cette angoisse génère aussi des troubles du sommeil, une immense fatigue, des difficultés à travailler, comme chez Joelle, qui, en terminale, n’en finit pas de contrôler ses acquis, s’épuise dans un travail stérile de vérifications, se relève trois fois la nuit pour s’assurer qu’il n’a rien omis dans son exposé.

ce n’est pas parce que leur enfant a de bonnes notes qu’il va forcément bien, pour leur apprendre à repérer les signes de la souffrance provoquée chez lui par l’excès de travail, un mauvais sommeil, l’absorption de litres de Coca-Cola ou de café, la claustration dans sa chambre, l’arrêt de toute activité extérieure, de toute vie sociale.

 

 

 

Ce qu’on peut faire

 

C’est aussi aux proviseurs de favoriser le bien être des élèves. La meilleure solution serait de les encourager à travailler en équipe, afin de gommer les effets néfastes de la compétition, rendre les cours de sport obligatoires (au moins 2 heures par semaine) et loger l’infirmerie dans un local discret. En effet, l’infirmière est la première à recueillir la souffrance.

 

Si vous êtes confrontés à des cracks, ne les rejetez pas. En effet, leur mal être vient parfois de l’attitude de leurs camarades de classe. Rejet, moquerie, c’est bien connu : tout ce qui est trop dérange. Ils ont le droit au respect comme les autres.

De même, si vous apercevez des signes de souffrance de la part de très bons élèves, réagissez. Allez parler au professeur principal, qui saura faire le nécessaire afin de les aider. Il en va de la vie d’un adolescent.