Comment le métro a fait de moi une personne détestable !

Je suis à la base une jeune fille souriante. Mais quand je rentre dans le wagon du métro à 7h15, je prends des allures de Cruella démoniaque.

 J’ai bien souvent envie de taper tout le monde, la plupart du temps je murmure  des insultes dans ma barbe, bref je suis des plus aimables. Dans le métro, vous avez deux catégories de gens : les cons, et les encore plus cons. Les cons, c’est les empotés de base, les je-laisse-pas-les-autres-sortir-car-j’ai-pas-capté-qu’il-y-avait-14-personnes-derrière-moi-qui-attendaient-que-je-veuille-bien-ouvrir-la-porte-du-métro.

 

Monsieur Super Con, tu piétines mes jolis petons.

Monsieur Super Con voit son métro arriver avec un regard avide et déterminé. Il voit les portes s’ouvrir et se précipite dans le wagon avant même que les 84 personnes dedans aient pu en descendre… Monsieur Super Con t’arrache les membres pour rentrer, marche sur tes chaussures en daim trois fois d’affilée. Monsieur Super Con te bouscule pour passer avant toi car son cas est plus urgent que le tien. Monsieur Super Con doit avoir un mail super important qui l‘attend au boulot. Monsieur Super Con est un tantinet agressif quand il me lance un regard tueur et belliqueux, et écrase mes jolis pieds, faute d’avoir vu ma tête au préalable (car la nature m’a faite petite, serait-ce pour ça que les gens me marchent autant sur les pieds dans le métro ?). Monsieur Super Con finira par sortir du métro avant tout le monde (bon débarras!), mais se trouvera bien nigaud quand il sera obligé de s’arrêter cinq mètres plus loin au feu rouge pour ne pas se faire écraser. C’est à ce moment là que je rejoins Stressman et que, étant devenue entre-temps aussi détestable que lui, je manque de lui sortir : «Tu vois, ça sert à rien de piétiner les autres, GROSSE BRUTE».

Morale de l’histoire : dans la vie, il y a toujours un feu rouge pas très loin qui rappelle aux gens leur profond néant intellectuel.

 

Monsieur Gros Pervers, arrête de me fixer s’il te plaît!

Monsieur Gros Pervers est pervers rien qu’à sa façon de vous regarder. Monsieur Gros Pervers a bien souvent la cinquantaine passée, la vingtaine racaille, ou la trentaine infidèle. Monsieur Gros Pervers vous fixe du regard à un point qu’on se demande s’il va décrocher un jour. Il est parfois drôle, ceci quand il vous fait un clin d’œil, ce qui lui donne un pouvoir comique que lui-même ne doit pas soupçonner…ou si peu. En plus d’être drôle, il peut faire preuve d’une grande originalité quand il me sort de façon inattendue que je suis vraiment «très charmante». Monsieur Gros Pervers joue parfois son gros lourd en vous demandant à quelle station vous descendez, histoire d’encore plus vous emmerder, et encore plus longtemps. (Tu veux pas mon code non plus ?) Monsieur Gros Pervers souvent se rabat sur une nouvelle victime assez vite, car Monsieur Gros Pervers se satisfait de peu (car de moi entre autres…Faut-il rappeler qu’il est 7h15 du matin, et que donc mon capital séduction n’est pas vraiment au top ? Mes yeux sont plus fermés qu’ouverts, ma coiffure est improbable, et il me reste le pli de mon coussin sur la joue droite).

 

Madame Tarée, tu ferais bien de te calmer!

Madame Tarée, elle, aime parler à tort et à travers, bien fort, et en se baladant dans le métro comme si elle était au zoo. Madame Tarée déclame des vers, debout, parfois sur son siège, auquel cas il ne vaut mieux pas être sa voisine, tant on redoute un sursaut gestuel et plus seulement verbal de sa part. Madame Tarée a une allure douteuse, et une diction qui l’est tout autant. Madame Tarée est drôle tant qu’elle ne m’agresse pas alors que je ne lui ai rien fait.

 

Messieurs Les Musicos, vous m’empêchez d’écouter mes CD!

Puis viennent Messieurs les musicos, nos amis les Indous et Mexicains, qui jouent du bambou, du tambour, de la flûte, de l’accordéon dans vos oreilles à 7h15 toujours. Les Musicos sont acceptables quand ils n’ont pas un micro à la main (quel est le sombre idiot qui leur a fait un tel cadeau ??!!).
Dès lors qu’ils chantent, vous pouvez soit mourir de rire, soit mourir de fatigue. Voire les deux, c’est souvent compatible (je suis particulièrement fatigante quand je me mets à chanter, par contre, MOI, je reste chez moi!) De plus, bien souvent, les Musicos débarquent alors que votre chanson favorite est dans votre iPod, vous êtes alors obligés d’attendre trois stations pour l’écouter en silence.

 

Mademoiselle Mascara, j’aime quand tu me distrais.

Vient ensuite Mademoiselle Mascara qui ne fait de mal à personne sinon à son joli minois lorsque sa main dérape lors d’un coup de frein sur sa joue qui n’avait besoin d’aucun maquillage. Mademoiselle Mascara a toujours son petit miroir avec elle et passe par toutes les étapes : fond de teint, fard à paupières, mascara, et rouge à lèvres devant vos yeux qui n'en demandaient pas tant. Mademoiselle Mascara a bien souvent tous les regards braqués sur elle, car une fille qui se maquille, c’est assez fascinant, voire même excitant…

Morale de l’histoire : il y a toujours pas très loin une jolie fille avec son mascara dont la délicatesse improbable vous fera oublier la brutalité des transports en commun.

 

Touristes, allez au Louvre à pied!

Les touristes sont au métro ce que la mayonnaise est aux frites : inappropriés. Les touristes sont nombreux, minimum sept, parlent une langue que vous ne comprenez pas, et si par malheur cette dernière est de l’italien, ils ne parlent pas, ils hurlent.
Les touristes sont scotchés sur la barre des stations, essayant de déchiffrer le «Charles de Gaulle Étoile» avec un accent peu sûr, et comptent le nombre de stations qu’il leur reste à faire : «seven!». Sept stations avec sept touristes, je ne suis décidément pas gâtée. Je viens en plus de réaliser qu’ils descendront à MA station, qu’ils iront TRÈS lentement, et que je serai contrainte de suivre le troupeau à une allure de touristes, c’est-à-dire 2 Kms/h, 4 quand ils réalisent que le Louvre va fermer.

 

Cocotte, va lire ton bouquin plus loin!

Enfin, vous avez Mademoiselle Scotchée à son Bouquin, qui lit en marchant, lit en s’asseyant, lit en attendant le métro, lit en se mettant debout et lit en sortant du métro! Et je dis NON, NON et NON! Car si tu lis en marchant, tu vas moins vite! Tu ralentis les personnes derrière toi, qui, elles, se fichent bien de savoir ce qu’il va arriver à Harry Potter p238!

 

Voici ceux qui ont fait de moi cette personne détestable, haïssant le touriste comme le musicien, la mamie qui veut me prendre ma place, l’enfant qui pleure à côté de moi. Oui je suis une personne détestable, je suis Monsieur Super Con déguisé en femme, je n’ai de cesse de vous insulter dans la barbe que je n’ai pas, je maudis ceux qui veulent me faire plaisir en tapant sur des bambous et me jouant Titanic à la Flûte de Pan (c’est bon j’ai pas besoin d’une dépression nerveuse avant d’aller au boulot!). Alors à tous ceux que je croise dans le métro tous les matins, et spécialement le vendredi après-midi, période de la semaine que je nommerai «RTT BOOM», je voudrais dire enfin : «t’as déjà pensé à la trottinette ?»