Bac : Gagnez des points en philo

AVENIRLYCÉE fait le point sur 4 grands philosophes.

 

Emmanuel KANT (1724-1804)
« Traite toujours autrui comme une fin et jamais seulement comme un moyen »


Une « fin », qu’est-ce que cela signifie ? La fin, c’est le but ; et le moyen, ce par quoi nous passons pour y parvenir. Traiter l’autre comme une fin, c’est l’utiliser pour parvenir au but que je me suis fixé. Il m’arrive de traiter l’autre comme un moyen : je le fréquente parce que cela me donne du plaisir. Certes, mais je ne dois pas uniquement le traiter de la sorte et le laisser tomber quand je n’éprouve plus de plaisir à la voir. Pourquoi ? Parce que l’autre n’est pas un simple objet. Il n’est pas un simple phénomène de la nature. Il est plus que cela, car il est un être de raison ; c’est ce qui fait de lui un homme, une personne. Mais tout cela nous rend-il heureux ? On le voit bien, agir moralement ne consiste pas nécessairement à faire ce qui nous fait plaisir. Alors, et c’est là aussi toute la difficulté, être moral ne nous rend pas nécessairement heureux. Je n’agis pas bien parce que cela me fait plaisir, mais parce que je dois le faire. Et pourquoi dois-je le faire ? Parce que je suis un homme, c’est-à-dire un être de raison et non simplement un être vivant ayant des désirs et des envies. Finalement, faire son devoir c’est agir dignement. Ce n’est donc pas se rendre heureux, mais c’est se rendre digne d’être heureux.

Le petit plus.
Kant enseigna les mathématiques, la logique, la géographie, la pédagogie, le droit, l’anthropologie, la métaphysique… sans jamais sortir de sa ville natale.

 

 

Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778)
« L’homme est né libre et partout il est dans les fers »


C’est la célèbre formule qui ouvre le Contrat social. Si l’homme est partout dans les fers, cela signifie qu’aucun régime ne garantit actuellement la liberté. Rousseau va donc commencer par exposer, dans les premiers chapitres du Contrat social ce qui rend ces régimes illégitimes. Il opère alors une critique de la monarchie, de tout régime qui repose sur la force et de tout régime qui, au nom de la sécurité, nie toute liberté. Le philosophe anglais Hobbes est clairement visé ici. En effet, l’Etat que Thomas Hobbes nous propose, le Léviathan, garantit bien la sécurité en maintenant les hommes dans la crainte, mais il nie ce qui fait d’un homme un homme : sa liberté. Pour Rousseau, faire de la sécurité la principale valeur politique est liberticide. En effet, « on est en sécurité au fond d’un cachot » ! Il faut distinguer ainsi le fait du droit. Il y a des faits, ce qui est, mais le fait n’est pas le droit, ce qui doit être. Il faut intégrer dans la communauté politique les libertés individuelles sans tomber dans l’inégalité. Il faut faire en sorte que la force protège les biens et les personnes, sans que cela ne se fasse au détriment de la liberté. En d’autres termes, il faut une égalité de droits, donc à chacun les mêmes lois, et une force pour faire respecter ces lois. Mais dans ces conditions, comment peut-on encore parler de liberté là où la loi semble limiter les actes de chacun et là où la force contraint à obéir ? La loi ne s’oppose pas à la liberté à partir du moment où on obéit à une loi qu’on s’est donnée soi-même.


Le petit plus.
L’opposition entre Voltaire et Rousseau ne cessa jamais. Voltaire, avec ironie, accusera Rousseau de vouloir nous faire retourner vivre à quatre pattes dans la forêt !

 

 

Henri BERGSON (1859-1941)
« L’acte libre est celui dans lequel je suis tout entier engagé »


Par liberté, nous entendons communément le pouvoir de choisir entre plusieurs actions possibles. Nous sommes libres, pensons-nous, quand nous nous déterminons nous-mêmes. Nous nous posons tels des spectateurs face à une scène. Nous faisons un schéma : une route avec plusieurs directions qui correspondent aux choix possibles. Mais là est notre erreur. Nous ne sommes pas spectateurs de nos actions et quand nous faisons un schéma, nous transformons la réalité. Quand j’agis, et c’est bien là que se pose la question de ma liberté, je ne suis pas spectateur, mais acteur. Quand nous sommes spectateurs d’un acte, nous nous le représentons de la manière suivante :
 1 - Conception de l’acte ;
 2 - Délibération (« Que vais-je faire ou que dois-je faire ? ») ;
 3 - Décision (« Je vais agir comme cela ») ;
 4 - Exécution (« J’agis »).

Et ceci, sur la ligne du temps. Tout cela suit un ordre : la conception (t1) détermine la délibération (t2) qui détermine la décision (t3) qui détermine l’exécution (t4). Mais là encore, cela ne correspond pas à la réalité. Il n’y a pas des instants séparés les uns des autres. De tels instants n’existent pas. La réalité ne se découpe pas. La durée est indivisible.
Qu’est-ce alors qu’un acte libre ? C’est l’acte pour lequel je suis tout entier dans mon acte et non dispersé par des fausses représentations. Se dire qu’il y a des moments séparés qui déterminent le moment suivant, c’est encore se raconter une histoire, c’est jouer la comédie, c’est encore se faire du cinéma ! Il faut arrêter de se raconter des histoires : l’acte libre est celui dans lequel je suis tout entier engagé.

Le petit plus.
Bergson publia en 1922 Durée et simultanéité, à propos de la théorie d’Einstein. Mais il ne saisit pas entièrement la conception relativiste du temps, et Einstein ne comprit pas la notion de durée.

 

 

René DESCARTES (1596-1650)
« Tâcher de se former une morale qui puisse suffire pour régler les actions de la vie »


Si, dans l’ordre de la connaissance, il faut suivre une méthode, sans se précipiter ni se laisser guider par l’immédiateté de nos sens, il en va tout autrement dans l’action. Car en ce domaine, les choses n’attendent pas. Quand je traverse la route, si je vois une voiture arriver, je ne vais pas commencer par me demander si mes sens me trompent ! Quand j’agis, je n’ai pas le temps de douter, de tout remettre sans cesse en cause. D’ailleurs, les sens nous trompent quand ils nous font croire que le Soleil tourne autour de la Terre, mais ils nous servent à ne pas nous brûler quand nous approchons du feu, à ne pas nous faire renverser quand nous traversons la route… Voilà pourquoi, avant même d’établir ce fondement et principe de la connaissance qu’est le « je pense », Descartes établit, dans le Discours de la méthode, une morale provisoire qui consiste en quatre maximes.
Première maxime : suivre les coutumes de son pays en réglant son attitude sur ce que les hommes font. C’est le moyen d’être tranquille.

Deuxième maxime : lorsqu’on a pris une décision, on doit s’y tenir avec fermeté comme si c’était la meilleure. Ainsi, si on est perdu dans la forêt, il faut choisir une direction et ne pas la lâcher. Au bout d’un moment, on sortira de la forêt, alors que si on change d’avis toutes les cinq minutes, on risque de tourner sans cesse !

Troisième maxime : ne pas désirer l’impossible et ne pas regretter de faire usage de sa volonté. Il faut faire de son mieux pour obtenir ce qu’on désir. Soit nous y parvenons, soit c’est pour nous impossible et alors nous n’avons rien à regretter, puisque nous avons fait le maximum.

Quatrième maxime : que faire de sa vie ? Rechercher la vérité.


Le petit plus.
Descartes passa vingt ans en Hollande, car en France, le parlement de Paris punissait de mort toute attaque contre Aristote.