Au cœur de la jeunesse dorée parisienne…

Par Frédérique Réal





























Une 4ème année à Dauphine, l’université la plus hype de Paris, et il n’est plus possible pour moi de taire cet univers sanctifié…Ici nos chers fils à papa des beaux quartiers se côtoient quotidiennement…Un milieu à part, qui ne laisse jamais indifférent… Un milieu que j’ai appris à décrier, admirer, rejeter, plaindre et aimer … Voici les coulisses de cet univers à part.



Je snobe donc je suis

Je me souviens encore de mon premier jour à Dauphine en 1e année. Une fille superbe, tout droit sortie des pubs de l’Oréal et des magazines de mode, me demande en un éclair où j’habite. Je réponds en un sourire : « Courbevoie, tu sais c’est près de la Défense ». Un silence. Elle sort : « Mais c’est la campagne ! ». Et là, un feu d’artifice explose dans ma tête. Une chose complètement démente venait de se produire. Je venais de pénétrer dans un univers à part, presque surréel. Le ton monte un peu : « Excuse moi, mais la Défense, c’est un quartier d’affaires, et là où j’habite, il n’y a que des immeubles, et peut-être un arbre, oui. ». L’air dégoûté, elle conclut : « Oui, enfin bon, c’est pas Paris quoi ». Ok. J’apprendrai plus tard, qu’elle voulait dire par là : « Oui, enfin bon, c’est pas le 16e, quoi. ». Et puis, un ami à elle passe, Edouard. Il me jauge lentement de haut en bas. Pas de Gucci, pas de Prada, pas de Diesel, bref il a à faire à une campagnarde. Il trace sa route. L’année commence bien. 


Une enfance et une jeunesse dorées 

Et puis ce moment surréaliste, où la fille dont je vous ai parlé plus haut, Tiphaine, décide de  côtoyer une banlieusarde. Un privilège. Et me voilà à découvrir derrière son arrogance et son semblant de supériorité, derrière ses vêtements griffés et son visage toujours hâlé, made in U.V., une fille un peu perdue, un peu vulnérable et vraiment exceptionnelle. Son histoire est d’une banalité sans nom dans le 16e. Fille d’un père diplomate et d’une mère au foyer, elle a trois appartements dans le 16e, une maison en Espagne et une au Brésil. Son appartement principal nécessite l’intervention de trois bonnes ; une cuisinière, une femme de ménage et une intendante. Celles-ci logent dans des chambres de bonnes au 6e étage. Elle a une enfance banale, partagée entre l’univers de la nuit, et notamment les Planches et un argent de poche illimité. Tiphaine a été hospitalisée pour anorexie à 14 ans, avec un petit 46 kilos pour 1m72. Et ce sont des rails de coke qui l’ont aidé à tenir le coup et à plancher son bac à 18 ans. Aujourd’hui, elle claque toujours sans compter et passe trois à quatre soirées par semaine dans des clubs privés. Le VIP Room et le Man Ray sont en tête du palmarès, bien qu’une certaine lassitude ne se soit installée…et oui, c’est toujours les mêmes têtes. Le champagne coule à flot, la drogue est partout. Mais aujourd’hui, elle a arrêté la drogue. Ca l’a trop bousillé.


Entre solitude et dépravation

Lorsque je lui ai demandé si elle avait conscience d’appartenir à un groupe d’aliens, elle a rigolé. Et elle a répondu : « Bien sûr que j’en ai conscience. Mais c’est pas pour autant que j’adhère à tout. Avant, je t’aurais même pas parlé. C’est une preuve, non ? ». Je vais finir par me vexer. Mais c’est vrai. Les fils et filles à papa ne se mélangent pas. Ils prennent rarement le métro, et ne se déplacent qu’en bus (le PC dessert si bien le 16e) et en taxi. Ils vont dans les même clubs privés. Et ont les mêmes problèmes. Quand je lui ai demandé pourquoi elle s’est droguée, elle a répondu doucement : « Tu sais, on a beaucoup d’argent de poche. Depuis qu’on a 12 ans, on peut tout s’offrir. Les clopes, mais aussi le shit, ou la cocaïne. Tu sais bien que c’est dans le 16e que les jeunes en consomment le plus. On peut se l’offrir voilà tout. En plus nos parents sont jamais là, il nous manque quelque chose.». Et oui, elle s’ennuie. Toujours les mêmes têtes, toujours les mêmes préoccupations. Les vêtements griffés, les soirées, sa taille de guêpe, so chic, à maintenir. Quand elle a tendu son jeans Diesel taille 36 en décembre, elle a du se lancer dans un régime immédiatement. « Je sais, je suis mince. Mais chez nous, on est très minces. Même un pote me l’a fait comprendre. Faut que je fasse gaffe. Question d’image ». L’image, voilà le cœur de tout. Un monde d’apparences. D’image, de vide.


Le désespoir de ceux qui ont tout

Elle a l’air souvent seule, et triste. Quand je lui dis qu’elle « a tout », et que la plupart se damneraient pour être à sa place, elle me répond . « Tu ne comprends pas. ». « Mon père est jamais là, je ne suis pas proche de ma mère, la plupart de mes amis, je ne considère même pas qu’ils le sont. On est ensemble, parce qu’on est pareils. Mais alors ça voudrait dire que notre identité, c’est le fric. Rien d’autre. ». Mais elle reste engluée dans ce système, et refuse de sortir avec un mec qui n’est pas de son univers, et n’est pas un ami d’un ami... Elle ne sort pas trop de ses quartiers. D’ailleurs, ses parents lui ont offert un studio très sympa métro Ranelagh.


La sale gosse attitude made in Gucci

Bien sûr, elle a un super dressing. Et tous les deux mois, elle invite ses copines et leur file ce qui n’est plus tendance. Histoire d’alléger un peu tout ça…Encore faut-il faire du 36 et chausser du 38… Ne ragez pas pour toutes celles qui ont sa ligne, elle réserve de toute façon ses vêtements griffés à ses amis…Gucci, Prada, Louis Vuitton, Diesel, Dior, Chloé, Zadig&Voltaire, Chanel… tout y passe, et ça lui fait un bien fou quand son dressing s’allège ! Bien plus pratique avant une séance shopping avenue Montaigne…ou allez, soyons humbles, au Zara des Champs, si si !


Des soirées à 400€

Pour l’anniversaire d’un ami, elle lui a offert une platine. Oui, une platine. Ce truc pour DJ qui compte 1000€. Mais bon, il venait de lui offrir un sac Dior absolument sublime, collection printemps-été 2006… La nuit, ses amis réservent en général trois tables, dans trois boîtes différentes. Histoire de se laisser une petite marge de liberté, … et de claquer 200€ pour rien, une fois la boîte choisie… Elle est continuellement invitée dans des soirées VIP, mais elle s’en est aussi lassée… Je me rappelle d’une fois où par téléphone, elle a été tenue informée d’une soirée privée qu’elle a refusée, m’expliquant qu’il y aurait eu Ophélie Winter et qu’elle ne la supporte pas. Tout s’explique…


Aperçu critique de nos Nappy chéris…

Et oui, même après tout ça, je l’envie quand même. Et pourtant… elle est plus souvent en bad que moi. Comme s’il ne restait qu’une chose. Le fric. Et l’image sociale bien sûr. Si les Nappy (du triangle d’or de Paris Neuilly, Auteuil, Passy) font des études, et en tête de liste de la finance, c’est pour préserver leur rang social. Et garder leur train de vie sans papa-maman…Mais bon, ma copine étant marquise (..et oui, ça existe encore), je ne me fais pas trop de soucis pour ses vieux jours… Alors il y a deux interprétations… Une caricature d’enfant de riche, heureux et insouciant, méprisant le reste du monde et le faisant savoir. Et le symptôme d’une jeunesse en rupture d’idéal, des jeunes trop souvent livrés à eux mêmes par des parents absents. A mon humble avis ? Il y a des deux…