Armée : à l’école des sous-officiers

Envie, bac en poche, d’apprendre un métier tout en étant payé et sûr d’être embauché ? C’est ce que permettent les formations de sous-officiers, dispensées dans trois écoles – une pou

 

C’est l’une des spécificités de l’armée française. Le sous-officier est le dernier relais de commandement auprès des hommes sur le terrain. Commandant, manager, instructeur, il doit posséder des compétences à la fois humaines et techniques. Car s’il est militaire avant tout, le sous-officier est aussi un spécialiste. Mécanique, armement, météorologie, fusilier-commando… Chaque armée compte une trentaine de spécialités, purement militaires mais aussi plus transversales. Ce qui permet à des jeunes aux profils variés d’intégrer l’une des trois écoles permettant d’accéder au grade de sous-officier : l’ENSOA (Ecole Nationale des Sous-Officiers d’Active) à Saint-Maixent (79) pour l’armée de terre, l’Ecole de formation de l’armée de l’air à Rochefort (17), l’Ecole de maistrance à Brest (22) pour la marine.

A chaque armée son centre de formation
Ces trois établissements offrent une formation initiale dont la durée varie selon le corps d’armée : huit mois pour l’armée de terre, quatre mois pour l’armée de l’air et dix-huit semaines pour la marine. Les futurs « sous-off  » appelés officiers – mariniers dans la marine – sont recrutés après le baccalauréat et doivent être âgés de 18 à 25 ans (17 à 24 ans pour l’armée de l’air). Si les bacs généraux sont majoritaires (75% à Rochefort et 80% à Saint-Maixent), les profils techniques ont leurs chances, tout comme les titulaires de BTS (brevet de technicien supérieur) ou de DUT (diplôme universitaire de technologie). Un bac pro maintenance aéronautique sera par exemple un atout pour devenir mécanicien dans l’armée de l’air. Car après la formation généraliste, durant laquelle sont enseignées les bases de la discipline militaire (topographie, transmission, etc.), les étudiants rejoignent leur école de spécialité. Selon le métier choisi, l’enseignement durera de quatre à quinze mois, voire trois ans pour les élèves infirmiers.

Une spécialisation dès votre recrutement
Le choix de cette spécialité n’intervient pas en fin de formation initiale mais au début du recrutement, lors de l’inscription au CIFRA (Centre d’Information et de Recrutement des Forces Armées). Lorsqu’elles remplissent leur dossier, les futures recrues choisissent leur spécialité selon leur crusus scolaire, leur motivation… et les besoins de l’armée.
« Une fois par an, les directions du personnel fixent des quotas par spécialité, en fonction des départs et des réformes en cours, explique le général Latour, à la tête de l’école de Rochefort. Les promotions offrent donc des visages très différents d’une année à l’autre ». En 2010, sur les 27 spécialités de la marine, celle de plongeur comptait un seul étudiant contre 42 en système d’information et de communication.

Engagé par contrat pour trois à dix ans
En intégrant les écoles de sous officiers, les étudiants deviennent militaires et reçoivent une bourse (environ 1000 euros net par mois). Ils signent un contrat qui les engage pour une durée de trois à cinq ans pour les armées de l’air et de terre et de dix ans pour la marine. Ces contrats, reconductibles, permettent aux armées d’adapter facilement leurs effectifs. Car, contrairement à une idée reçue, les militaires ne jouissent pas d’une sécurité de l’emploi. « Tous les sous-officiers débutent sous contrat, résume le commandant Gaël Kerneyzet, de l’ENSOA. Après plusieurs années de mission, ils peuvent passer des examens leur permettant de devenir sous-officiers de carrière ». Mais l’heure est à la contractualisation : 70% à l’horizon 2016. Selon les responsables du recrutement, ce système permet de conserver une armée jeune et mobile.

Evolution ou reconversion
Dans ces conditions, les sous-officiers travailleront pratiquement tous dans le civil. La plupart des spécialistes n’auront pas de difficultés à trouver un emploi. Beaucoup de métiers ont leur équivalent dans le secteur privé – ingénieurs, mécaniciens, comptables, etc. En revanche, les techniciens de terrain (infanterie, conduite de char, armement) devront suivre un parcours de reconversion. Chaque armée organise des formations pour faciliter cette sortie du monde militaire. Autre politique mise en avant : l’évolution interne. Après plusieurs années de services et la réussite de concours, les sous-officiers les plus motivés peuvent devenir officiers. Dans la marine, deux tiers des officiers sont issus du corps des officiers-mariniers.
Si la mission des sous-officiers n’a pas évolué au fil des décennies, le contexte international a lui bien changé. « Aujourd’hui, un sous-officier sera plus souvent engagé dans des opérations à risques, constate le commandant Riou, à la tête des écoles de la marine. Les jeunes doivent être conscients que le métier qu’ils viennent chercher est un métier particulier qui nécessite d’être bien dans corps. Et dans sa tête ».

 

Clément Méchineau
21 ans, élève à l’ENSOA (Ecole nationale des sous-officiers d’active

 

L’armée lui a toujours fait de l’œil. Pour l’action, les voyages, les missions de terrain. A 21 ans, Clément Méchineau est un futur sous-officier de combat d’infanterie. Originaire d’Angers, le jeune homme voulait s’engager dès la fin de sa troisième comme militaire de rang. Mais un ami lui conseille de poursuivre ses études encore quelques années, pour pouvoir se présenter à l’ENSOA. Il opte alors pour un bac pro commerce et, en parallèle, devient réserviste de l’armée de terre. « C’était pour moi le meilleur moyen de voir si mon envie de devenir militaire était solide et valable ». Conforté dans son choix, il se présente au CIRFA (Centre d’Information et de Recrutement des Forces Armées) de sa région et décroche sa place pour l’ENSOA. Depuis trois mois, il apprend les bases de son métier de militaire. Ensuite, il rejoindra l’école d’application de l’infanterie à Draguignan pour une formation de spécialité de six mois. « J’ai trouvé à l’ENSOA ce que j’étais venu chercher : de l’action ! Grâce aux cours de topographie, d’armement, de transmission, nous sommes vites plongés dans le bain. Les premières semaines sont physiques et les exercices de terrain nous rappellent chaque jour que notre métier ne laisse pas de place à l’approximation.

Dans la gendarmerie aussi

On peut devenir sous-officier dans la gendarmerie ! La formation de douze mois, ouverte aux candidats de 18 à 36 ans sans condition de diplôme (mais avec des exigences physiques), se déroule dans l’une des trois écoles de la gendarmerie : Châteaulin (29), Chaumont (52) et Montluçon (03). Depuis 2009, les gendarmes dépendent du ministère de l’Intérieur, mais conservent leur statut militaire. www.gendarmerie.interieur.gouv.fr